MEDESIIE : Une MEthode de Définition de Système d'Information d'Intelligence Economique

 

Pourquoi une méthode ?

Les apports d'une méthode

A la question "un consultant peut-il analyser correctement le besoin d'une PME sans utiliser la méthode proposée ?", nous répondrons certainement positivement, si celui qui réalise l'analyse est un expert de l'intelligence économique, de la stratégie, ou du développement, pour ce type d'entreprises.

Le savoir expert présente cependant un ensemble de caractéristiques qui constituent à la fois sa puissance et sa limite. Il s'agit de savoirs hautement agrégés, peu explicités voire non explicitables, et donc difficiles à transmettre.
La résolution de problèmes est faite sans que les processus cognitifs en jeu, ni les modèles (dans le sens de représentations du réel) utilisés ne soient véritablement connus. Ceci permet une indéniable économie du fonctionnement cognitif, mais, à l'inverse, rend difficile la communication de ces processus et modèles, a fortiori leur remise en cause.

La capitalisation des connaissances, très logiquement, se fait au niveau des seuls individus, et non de l'organisation.
Enfin, et comme toujours dans le cas de processus peu formalisés, le risque d'écarts importants d'une analyse à l'autre (d'une entreprise à une autre) existe. Notons que la volonté de réduire ce risque, par l'explicitation des démarches et ressources utilisées dans un processus, est un des fondements des démarches qualité.
Nous nous situons dans une perspective comparable.
L'usage d'une méthode structurée, telle que nous la définirons plus loin, doit permettre de limiter l'ensemble des inconvénients du savoir expert.

La qualité du processus d'une méthode (ici le processus d'analyse du besoin) va essentiellement concerner :

les relations entre les différents types d'acteurs impliqués dans le déroulement de la mission (responsables de l'entreprise, consultants, décideurs utilisateurs des futurs produits d'i.e., etc.) ; une méthode doit, d'une part, prévoir dans sa démarche les moments et formes de la communication entre acteurs, d'autre part, fournir des supports pour la faciliter (modèles explicités, description des rôles de chacun dans la suite des étapes, etc.)

le contrôle et la planification des actions : une méthode, par la structuration de sa démarche (description des étapes avec l'effort à fournir pour chacune d'entre elles, par chacun des types d'acteurs), doit permettre à l'entreprise, d'une part, de planifier la mission, d'autre part, d'assurer son rôle de contrôle du déroulement du processus (le passage d'une étape à l'autre se fait sur la base d'une fourniture décrite, qui doit être validée par l'entreprise sous une forme explicitée, etc.)

la stabilité des fournitures : l'usage d'une méthode, par l'organisation de son processus et la description des diverses fournitures intermédiaires, doit garantir également au client (l'entreprise qui a missionné un consultant) une certaine stabilité dans la fourniture finale

la transmissibilité des savoirs et des résultats : une méthode doit inclure un support de formation ; par ailleurs, et notamment au travers des documents à élaborer au cours des étapes, une méthode doit faciliter la transmission (à un autre consultant, à un responsable interne à l'entreprise, etc.) des résultats de la mission et donc la gestion de l'évolution future

le retour d'expérience : enfin, une méthode doit offrir un cadre pour la capitalisation des connaissances de ses utilisateurs (dans notre cas, les consultants), permettant une utilisation ultérieure plus performante ; la capitalisation doit pouvoir s'effectuer sur toutes les dimensions (modèles, démarche, aides, etc.).


Qu'est-ce qu'une méthode ?

En l'absence d'un ensemble suffisant de méthodes en intelligence économique, à partir desquelles il aurait été possible de construire un référentiel pour une ingénierie de méthode en i.e., nous avons choisi d'adopter ici le cadre général de la définition d'une méthode tel que proposé par Seligmann pour la conception des systèmes d'information. Ce référentiel (ou plutôt ce méta-référentiel) décrit une méthode comme constituée obligatoirement de quatre composants, désignés par Selig-mann comme des "manières de" (way of) :
1. le way of thinking (le paradigme, le point de vue)
2. le way of modelling (les modèles à construire)
3. le way of organising (la démarche à suivre)
4. le way of supporting (les outils d'aide).

Le way of thinking
Le "way of thinking", la manière de penser, concerne les paradigmes, et plus largement les apports théoriques utilisés pour la construction de la méthode. Ceux-ci permettent de déterminer le type de représentation du réel qui sera à l'œuvre dans la méthode, c'est-à-dire en amont la perspective épistémologique dans laquelle se situer, et en aval les grandes classes d'objets retenus pour les modélisations futures. Le "way of thinking" expose également les "points de vue" adoptés sur ces objets.

Le "way of modelling"
Le "way of modelling", la façon de modéliser, traite des modèles à produire dans le déroulement de la méthode, et de leurs modes d'élabo-ration et de formalisation.
Les modélisations produisent une représentation formalisée des objets, et plus largement des connaissances, utilisés dans la méthode. Elles permettent de produire un cadre stabilisé, au sein duquel un premier niveau de capitalisation de l'expérience (dans l'utilisation de la méthode) est possible.
Les modélisations peuvent être réalisées selon des modes largement partagés par une communauté (modélisation orientée objet en informatique , par exemple), ou des modes ad hoc, avec un degré de formalisation élevé et des formalismes spécifiques (représentation des traitements dans la méthode Merise par exemple), ou à l'inverse, sans formalisme particulier.

Le "way of organizing"
Le "way of organizing", la manière d'organiser, s'intéresse aux dé-marches organisatrices de la méthode. Il se décompose en "way of working" (comment réaliser le travail) et "way of controlling" (comment gérer) :

le premier renvoie directement à la description du déroulement de la méthode, et notamment à la notion d'enchaînement d'étapes, chacune de ces dernières étant décrite en détail (objectifs, entrées et sorties, processus, acteurs concernés, ressources utilisées, risques, facteurs de succès, etc.)

le second concerne le "cycle de décision" du projet (responsables de la décision, base sur laquelle la décision est prise, types de décisions possibles, réversibilité de la décision, type de retour arrière, etc.).
Notons que la notion de "way of organizing" est assez proche de celle de "gestion du cycle de vie" d'un projet, telle qu'on la rencontre dans les méthodes de gestion de projet.

Le "way of supporting"

Toutes les méthodes de conception de systèmes complexes posent des problèmes de mise en pratique concrète.
Beaucoup de méthodes de conception de systèmes d'information, par exemple, sont souvent réputées ne pouvoir être mises en œuvre correctement que par des analystes dotés d'une large expérience.
Le "way of supporting", la façon d'aider, est consacré aux aides à la mise en œuvre des démarches.
Ces aides ne sont pas une partie secondaire ou annexe d'une méthode, elles en représentent un composant à part entière.
Pour Balantzian , sur les 10 points qui rendent compte, selon lui, de la qualité d'une méthode de conception de système d'information, 3 concernent les aides à la mise en œuvre et la formation à la méthode.

Dans les méthodes existantes, plusieurs voies sont identifiables pour aider à la mise en œuvre.
Elles s'inscrivent dans quatre grandes perspectives, qui ne s'excluent pas l'une l'autre :

1. La transmission de l'expertise nécessaire aux futurs concepteurs, essentiellement par la formation ou l'auto-formation (l'une comme l'autre nécessitant des supports de formation adaptés)

2. Le guidage de la démarche de conception, qui s'appuie sur des documents types, des enchaînements de séquences prédéfinis, des check lists, des exemples, etc., et que nous détaillons plus loin

3. La mise à disposition d'une gamme d'outils logiciels de type AGL incluant modèles et fonctions préétablis, et offrant diverses possibilités :
des outils généraux : outils de génération de documents, outils d'aide à la modélisation, outils de maquettage, etc.

mais aussi des outils plus spécifiques à l'ingénierie du besoin : outils d'aide au recueil du besoin (fondés sur des bases de scénarios, des bases d'exemples…), outils de prototypage, etc.

4. La fourniture d'éléments déjà constitués, ou de composants "sur étagère", à utiliser tels quels, qui peuvent être d'importance et de niveau d'abstraction très divers.